Nouvelles Technologies, politique et sujets de société

mardi 30 septembre 2008

Sagesse en réseaux : la passion d’évaluer

Comment les êtres humains et les ordinateurs peuvent-ils agir collectivement de manière plus intelligente que n’importe quels individus, groupes ou ordinateurs ? Selon Gloria Origgi, le Web représente un réseau gigantesque de systèmes de hiérarchisation et d’évaluation des informations, où la réputation joue un rôle fondamental.

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mardi 20 mai 2008

Tableau des médias sociaux

On ne se fera pas de cachettes, j’aime bien Fred Cavazza comme personne, mais j’adore sa capacité de faire des tableaux récapitulatifs succincts et particulièrement éloquents. Lors de son passage à Montréal, une diapositive en particulier m’avait surprise, c’est le tableau qu’il vient de mettre en ligne sous le titre de Panorama des médias sociaux. Il est fort ce Fred, vraiment très fort…

Michelle Blanc @ May 20, 2008

Tableau des médias sociaux selon Fred Cavazza

lundi 25 février 2008

Le livre de demain ou d'après-demain

Je ne sais pas si c'est l'approche du prochain Salon du Livre (14-19 mars) avec un espace dédié à la Lecture de demain, mais c'est vrai que beaucoup de papiers et de ressources fleurissent actuellement sur les sites et les médias traditionnels, au hasard :
- un bon papier signé Yves Eudes dans le Monde des Livres qui vient un peu améliorer le pauvre dossier du Monde2 (via BrunoRives)
- un excellent powerpoint réalisé par Hubert Guillaud qui anime le blog Lafeuille (via Bibliobsession). Hubert avait aussi présenté un intéressant exposé il y a quelques semaines autour de la notion du livre en tant que base de données, c'est ici.

- un article sur Evene
- plusieurs vidéos mises en ligne par le Centre National du Livre sur l'avenir du livre, les débats sont anciens mais leurs accès plus récents (via Klog)

Nul doute que le phénomène va encore aller crescendo dans les semaines à venir, débattons, débattons...

Chez Aldus le 25 février 2008.

vendredi 15 février 2008

Le syndicat SNES-FSU assigne en référé Note2be.com

Attaquée de toutes parts, et révélatrices des dissensions qui agitent actuellement la majorité présidentielle, une extension "Web 2.0" de l'une des propositions phares du rapport Attali pourrait bien sonner le glas de ladite proposition, qui propose de contrebalancer "L’évaluation des professeurs [par] une évaluation de leur pédagogie par leurs élèves". Stéphane Cola, son co-fondateur, se présente sur la liste de Pierre Lellouche dans le huitième arrondissement de Paris.

Dès sa page d'accueil, le site, qui se définit comme un "site où les élèves notent leurs professeurs" et invite ces dernier à prendre "le pouvoir", offre un aperçu des notes obtenues par certains enseignants et laisse libre cours aux invectives des têtes blondes qui le fréquentent. "Va jouer aux pokémons petit gars", adresse par exemple à la cantonade l'un d'entre eux aujourd'hui sur le forum de discussion.

Particulièrement lent, Note2be.com ressemble à une multitude d'autres sites Web 2.0, privilégiant la participation des lecteurs. Il a été mis en ligne en début de mois. Depuis cette date, plusieurs syndicats d'enseignants sont montés au créneau pour obtenir sa fermeture, au premier rang desquels la SNES-FSU, le SGEN-CFDT, le SE-UNSA et le SNALC.

Le ministre Darcos et la Cnil réagissent

Le 13 février 2008, ces organisations ont obtenu le soutien du ministre de l'Education nationale, qui a indiqué qu'il "condamne avec fermeté l'ouverture de sites du type 'Note2be'", rappelant à l'occasion "que l'évaluation des professeurs et leur notation sont du ressort exclusif de l'Education nationale et plus précisément, des fonctionnaires habilités pour le faire : les inspecteurs et les chefs d'établissement".

Le lendemain, la Cnil (Commission nationale informatique et libertés) a pour sa part indiqué que trois de ses collaborateurs se sont rendus "dans les locaux des responsables du site" et qu'elle "rendra publiques les suites données à cette affaire le 6 mars prochain", au terme de son instruction.

Evoquant une "provocation insupportable", le SNES-FSU, organisation syndicale majoritaire parmi les enseignants, a pour sa part assigné hier "en référé les responsables du site devant la justice, afin qu’il soit mis un terme à ce qui apparaît comme un trouble manifestement illicite à l’ordre public".

vnunet le 15 février 2008

jeudi 14 février 2008

Les lecteurs numériques

Sony a été le premier fabricant à commercialiser un appareil portable à encre électronique, le Librié, sorti en 2004 au Japon. Le fabricant nippon ne commercialise pas ces lecteurs en France, mais il est possible de se procurer son dernier-né, destiné au marché américain, le Reader PRS 505, sur certains sites Internet. Compter 200 euros environ.

Lancé en novembre 2007, le Kindle d'Amazon présente la caractéristique de se connecter directement à Internet, comme un téléphone portable. Il coûte 399 dollars (environ 270 euros) mais il n'est utilisable qu'aux Etats-Unis en raison de sa connexion propre au territoire américain. Il donne accès au catalogue numérique d'Amazon (80 000 livres). Un e-book est généralement vendu 9,99 dollars (près de 7 euros), contre 26 dollars (environ 17 euros) en moyenne pour un livre relié (hardcover).

En France, le marché est occupé par deux fabricants : Bookeen qui produit le Cybook Gen3 (avec un écran d'une diagonale de 6 pouces, 350 euros) ; et iRex Technologies qui a lancé l'iLiad, un lecteur plus grand (8 pouces) et plus cher (649 euros) mais aussi plus sophistiqué (connexion Wi-Fi, prise de notes avec un stylet…).

Le journal Les Echos est le premier quotidien français à vendre des abonnements numériques couplés à des périphériques électroniques : avec un e-Reader à la marque du quotidien, fabriqué par Ganaxa, l'abonnement coûte 649 euros ; et avec l'iLiad, 769 euros.

DES E-BOOKS EN FRANÇAIS

On parle d'e-book dès qu'un livre est disponible sur un périphérique électronique. Il peut avoir été simplement scanné – mais il sera fatigant de le lire. Il peut également avoir été "traité" numériquement (scan, reconnaissance optique des caractères, relecture) – ce qui demande davantage de travail. Numérisé, l'ouvrage peut alors rester en mode texte ou être converti dans un format adapté à la lecture sur écran (PDF, PRC Mobipocket, HTML, ePub…).

La Bibliothèque nationale de France propose une partie de ses collections en numérique via le projet Gallica. Pour le moment, l'essentiel des œuvres mises à disposition le sont en mode image. D'ici l'été prochain, 90 000 références (livres, journaux, encyclopédies…) devraient être disponibles en mode texte. Et 300 000 supplémentaires le seront dans trois ans.

Il est également possible de trouver des e-books sur Wikisource, la bibliothèque en ligne de Wikipedia, ainsi que sur le site du Projet Gutenberg, créé au début des années 1970 par un universitaire de l'Illinois, Michael Hart. Les ouvrages en français n'y sont toutefois pas très nombreux. Sans oublier Google Books, le programme de numérisation du moteur de Google, mais les livres y sont seulement scannés.

Quelques sites mettent également en libre accès des e-books dans des formats adaptés (PDF, PRC Mobipocket, ePub). C'est le cas d'Ebooksgratuits.com ou encore de Feedbooks.com, qui donne la possibilité à des écrivains amateurs de "convertir" leurs œuvres et de les mettre en ligne. On peut enfin acheter des livres d'auteurs contemporains par le biais de sites comme Mobipocket.com et Numilog.fr, qui ont passé des accords avec des éditeurs parisiens, mais le catalogue est peu fourni. Mobipocket, qui est donc aussi le nom d'un format, a été racheté par Amazon en 2005.

Frédéric Potet dans Le Monde du 14 février 2008.

Le livre au pays des écrans

L'édition est-elle à l'aube d'une révolution ? Une nouvelle génération d'appareils électroniques prétend faire de nous des lecteurs sans papier. Nous avons rencontré des adeptes du livre numérique, et testé ce nouveau mode de lecture.

Tout est parti d'un pari stupide et moderne à la fois : lire Guerre et Paix sur un téléphone portable ou sur un assistant personnel (PDA). Stupide, car lorsqu'on apprend à nager, on ne traverse pas la Manche dès le premier jour. Moderne, car de plus en plus de personnes lisent des romans et des essais sur des objets électroniques de tailles diverses (ordinateurs, PDA, téléphones…). Surtout visible au Japon et aux Etats-Unis, le phénomène ne devrait pas tarder à gagner du terrain avec le développement d'une nouvelle génération d'appareils : les lecteurs portables dotés d'encre électronique, à l'image du Kindle lancé par Amazon fin 2007. De la taille d'un demi-livre de poche, cet ordinateur connecté en permanence à Internet offre la possibilité de télécharger directement des livres numérisés – appelés e-books – selon le même principe que la vente de musique en ligne. Si sa distribution est pour le moment cantonnée aux Etats-Unis, elle prélude à une vaste guerre commerciale entre fabricants.

Promis à la dématérialisation, le livre est-il à l'aube d'une révolution comparable à celle qui vit le codex remplacer le rouleau ? Cette question en suppose quantité d'autres : quel sera le modèle économique du nouveau système d'édition et de distribution qui sera mis en place ? Comment rendre compatibles les différents formats existants (PDF, Mobipocket, ePub…) avec ces nouveaux périphériques de lecture ? Qu'adviendra-t-il des libraires ? Sans oublier l'aspect qui est peut-être le plus important de ce marché naissant : quel accueil vont lui réserver les lecteurs, qu'ils soient amateurs de littérature, fans de mangas ou dévoreurs de journaux ? En d'autres termes, comment lit-on sans papier ?

Le Monde 2 a rencontré des adeptes (français) de ces nouvelles pratiques de lecture sur écran. Pratiques qu'il a également testées. Mais pas en commençant par Tolstoï… Le plus simple, pour débuter, est d'utiliser ce que l'on a sous la main, à savoir un ordinateur portable. Le nôtre n'a rien d'exceptionnel, sinon qu'il est petit (12 pouces) – pas aussi petit qu'un livre traditionnel certes, mais suffisamment maniable et léger pour être trimballé du fauteuil au canapé et du canapé jusqu'au lit, comme un bon vieux bouquin. Reste maintenant à trouver de quoi lire. En français si possible et… gratuitement, car pas question de se lancer dans une nouvelle expérience numérique en déboursant quoi que ce soit. Une navigation rapide sur Internet nous conduit sur Ebooksgratuits.com. Animé par une centaine de bénévoles férus de technologie et de littérature, ce site met en libre accès des livres entièrement numérisés.

A l'inverse des ouvrages scannés (et uniquement scannés) en mode image que propose principalement Google, dans son programme de numérisation de millions de livres, les textes que l'on trouve sur Ebooksgratuits.com ont été "traités" par un logiciel de reconnaissance optique des caractères (OCR), puis relus attentivement par des yeux humains, avant d'être corrigés manuellement. Ô combien fastidieuse, cette chaîne de fabrication explique le peu d'ouvrages disponibles : 1 500, ce qui n'empêche pas ce site d'être l'un des mieux fournis du secteur. S'y trouvent principalement, dans plusieurs formats, des œuvres classiques passées dans le domaine public, soit soixante-dix ans après le décès de leur auteur.

JULES VERNE EN VERSION RÉTRO-ÉCLAIRÉE

En ce qui nous concerne, le choix est rapide, naturel, évident : va pour un Jules Verne. L'inventeur du roman scientifique d'anticipation aurait adoré l'idée que ses ouvrages puissent être lus un jour par le truchement de circuits électroniques. On opte toutefois pour le PDF d'un roman court : Une ville flottante (1871), en raison d'un léger pressentiment – genre : arriverais-je jusqu'au bout ? Fausse inquiétude… La première sensation est en effet plutôt favorable. Le texte n'a pas grand-chose à envier à une impression traditionnelle. La police choisie (du Georgia) est élégante et le corps (16 points) parfaitement adapté au format choisi. Quelques libertés typographiques ont certes été prises dans le but d'aérer le document – les paragraphes sont ainsi plus espacés que dans un livre papier. Mais que les puristes se rassurent : les guillemets sont bien français et les césures de mots ont été faites dans les règles de l'art. Tout va bien, donc.

Las, pas pour longtemps. Lire sur un écran rétro-éclairé à cristaux liquides (LCD) peut, à la longue, être un supplice pour une paire de globes oculaires normalement constitués. Rien à voir avec une navigation sur le Net, ni même un travail de rédaction. Lire suppose de déchiffrer des caractères, de comprendre un texte, voire de l'interpréter : autant d'actions qu'il est épuisant de répéter avec une lumière en pleine face, comme pour un interrogatoire de police. Votre cornée s'enflamme peu à peu, vos yeux papillonnent, votre cœur sent poindre la nausée… Tout dépend évidemment de la constitution de chacun, mais il paraît difficile de poursuivre l'exercice plus de trente minutes d'affilée, même en diminuant la luminosité.

Dans Une ville flottante, Verne raconte le voyage entre Liverpool et New York d'un paquebot transatlantique, le Great Eastern. A la moindre vague, celui-ci est pris d'un roulis pénible, qui provoque "un horrible mal de mer, à la fois contagieux et épidémique". On ne saurait trouver meilleure métaphore… Après la houle, le calme plat. Très plat, même. Aussi plat que cet objet de 8,5 mm d'épaisseur, à peine plus grand qu'un livre de poche (188 mm ¥ 118 mm) et léger comme les cahiers de brouillon de notre enfance (174 g). Il s'appelle le Cybook et il est produit par une PME du 13e arrondissement de Paris, Bookeen. Ici, pas d'écran LCD mais une surface mate composée de millions de microcapsules de couleur noire et blanche. Ce procédé d'encre électronique est la clef de voûte de l'avenir de l'e-book. Une petite dizaine de sociétés dans le monde – dont les géants Amazon et Sony – l'a à ce jour adopté pour fabriquer des tablettes de lecture. Son principal avantage est le confort inégalable qu'il offre à des yeux humains. L'appareil peut être employé des heures entières sans risque pour la rétine, et en pleine lumière, comme un livre normal.

D'un coût de 350 euros, le Cybook n'en reste pas moins un véritable ordinateur. A condition d'utiliser un format de texte dynamique, on peut ainsi grossir la taille des caractères, changer la police ou encore naviguer d'une page à l'autre à l'aide d'un bouton intégré. Last but not least, sa mémoire peut contenir 200 titres et même 10 000 avec une carte SD de 2 Go. Sauf que voilà : il n'y a pas 10 000 ouvrages numérisés sur le marché français. Le catalogue est d'une pauvreté dramatique, tout particulièrement en matière de nouveautés. Les principaux sites de vente en ligne, comme Mobipocket et Numilog, ont beau proposer des titres émanant de maisons reconnues (Gallimard, P.O.L., Phébus, Le Rocher, Le Dilettante…), les références sont peu nombreuses et datent, pour la plupart, d'il y a quelques années. L'édition française a décidé, à l'évidence, de se hâter lentement dans le maquis numérique. Loin, très loin, de son homologue anglo-saxonne, qui propose déjà des e-books par dizaines de milliers…

UN HÉRISSON À L'ENCRE ÉLECTRONIQUE

Mais revenons à nos moutons. Ou plutôt : à notre hérisson, puisque la seule " nouveauté " qui suscite notre curiosité est en effet L'Elégance du hérisson de Muriel Barbery. Sorti en octobre 2006, ce best-seller de Gallimard a été vendu à près de 700 000 exemplaires. Le lire sur encre numérique et en format Mobipocket fera très chic, se rengorge-t-on. Avant de vite déchanter… Première (mauvaise) surprise : l'ouvrage coûte 19 euros, soit un euro de moins que la version papier. Ce qui fait cher quand on sait qu'il a échappé à la chaîne traditionnelle (impression-distribution-commercialisation). L'addition paraît même encore plus salée lorsque l'on découvre que le document est verrouillé par un système de protection anticopie (DRM) qui empêche de le télécharger sur plus de quatre appareils.

Qu'à cela ne tienne. En voiture pour le Hérisson. Et pour la galère ! Dès la deuxième page, une phrase est rendue incompréhensible par un "V" capital mis en lieu et place d'un "l" apostrophe. Un peu plus loin, les deux mots "mais on" n'en font plus qu'un : " maison ". Encore plus avant, alors qu'il est question du village fictif de Proust, Combray, celui-ci apparaît au milieu d'une phrase avec une césure : "Com-bray". Un doute nous envahit. On se précipite chez le libraire pour feuilleter l'original. Où l'on découvre que les deux voix du roman – celle de la concierge Renée et celle de la petite fille Paloma – ont été retranscrites avec deux polices de caractère différentes – nuance qui n'apparaît pas sur notre fichier dernier cri. C'en est trop. Fin de la lecture. Muriel Barbery ne nous en voudra pas.

LA VIE CONJUGALE SUR IPHONE

Comment poursuivre ce voyage dans le monde de la lecture sur écran sans essayer le joujou dont toute la planète a parlé fin 2007 : l'iPhone d'Apple ? Ce couteau suisse électronique permet – on le sait – de téléphoner, d'envoyer des textos, de photographier, de surfer sur Internet, de consulter les cours de la Bourse en direct, de visionner des vidéos, d'écouter de la musique compressée… Mais, curieusement, pas de lire. Impossible (pour le moment) d'y télécharger des textes numérisés comme le proposent pourtant la plupart des smartphones ou des PDA.

Ne pas croire, pour autant, qu'Apple a renoncé au marché de l'e-book alors qu'Amazon et Sony y sont déjà… En cherchant un peu, on découvre, en fait, que la firme californienne a passé un accord expérimental avec un éditeur français – Pocket – et seulement sur des extraits de livre. Quelques secondes avec un iPhone sur le site de Pocket suffisent ainsi pour avoir accès gratuitement au premier chapitre de quatre romans différents, mais en version Web.

Prenons le premier, Les Charmes discrets de la vie conjugale de Douglas Kennedy. Et regardons-y de près. De très près, même. Myopes, s'abstenir : déchiffrer des caractères en corps 10 sur des lignes de 6,5 cm de long est un plaisir d'entomologiste. L'écran étant ce qu'il est (sa diagonale ne mesure que 3,5 pouces), les pages sont par ailleurs peu fournies en lignes et demandent à être tournées fréquemment. D'où le hic : il faut au moins 3 secondes pour passer de l'une à l'autre page via le réseau GSM d'Orange. Au final, l'utilisateur a l'impression de lire en bégayant, quand il ne s'énerve pas à deviner la suite d'une phrase en suspens. Par exemple : "L'image respectable de ce Blanc en…" En quoi ? En route pour la gloire ? En phase avec son époque ? En goguette ? "...en veste de tweed et chemise Oxford".

Mais ce qui trouble le plus n'est pas là. L'iPhone a beau être une merveille de design et de technologie, jamais un appareil de ce type ne reproduira l'émotion sensorielle d'un livre en papier. Comment lire sans pouvoir corner une page, ni caresser son grain, ni l'entendre bruisser quand on la tourne ? Question d'habitude et de génération sans doute, philosophe-t-on à peu de frais lorsque notre œil se trouve être attiré, en haut de l'écran, par une petite icône bien connue : celle d'un caddy. Un clic et nous voilà… sur le site d'Amazon, qui nous propose derechef d'acheter Les Charmes discrets de la vie conjugale en version poche pour 7,13 euros. Un livre, un vrai, avec des feuilles en papier. Soulagement…

A lire Gutenberg 2.0 : le futur du livre, de Lorenzo Soccavo, M21 Editions, 2007, 180 p., 23 €. Lorenzo Soccavo est le créateur de Nouvolivractu, un blog francophone de veille sur les nouveaux appareils et systèmes de lecture.

Frédéric Potet dans Le Monde du 14 février 2008.

lundi 11 février 2008

Donner pour vendre ?

Martin Lessard sur Zéro Seconde.

Mettre gratuitement un livre en ligne peut-il être bénéfique pour les ventes? "
Les gens téléchargent, mais ne lisent pas. Ils téléchargent pour se donner l'impression de posséder quelque chose qu'un jour ils vont lire. Mais quand les gens ont envie de lire, ils vont acheter les livres." L'expérience de Paulo Coelho l'auteur de "L'Alchimiste" teste durement les nerfs des éditeurs.

Imprimerie 15e siècleOn apprend sur le site de Bruno Giussani (Paulo Coelho: Why I pirate my own books, 4 fév 2008, anglais, 992 mots) que Paulo Coelho a publié en 2000 sur son site un texte qu'il a écrit spécialement pour le Web : "Histoires pour les parents, enfants et petits-enfants".

En cinq mois, le livre a été téléchargé plus de 1 million de fois. Résultat? "Jusqu'à aujourd'hui, je n'ai jamais eu de commentaire sur ce livre " dit Paulo. (Repéré par Blogging the news)

Téléchargement à volonté
En d'autres mots, télécharger un document du web ne signifie nullement en prendre connaissance. J'ajouterais que cette pratique prolonge l'acte de "photocopie à tout crin" pour ceux qui sont assez vieux pour avoir connu cette technologie ;-)

Si vous êtes comme moi, vous n'avez pas plus lu ce que vous avez photocopié que ce que vous mettez aujourd'hui dans vos signets. Le téléchargement suit le même chemin.

"скачать бесплатно" comme disait ma grand-mère
Mais poursuivons l'histoire de Coelho : il a mis une édition russe de L'Achimiste en ligne ("скачать бесплатно" - free download). À ce moment, les ventes du livre flottaient à 1000 copies par année dans l'empire de Poutine. Pas terrible. En 2001, à la grande surprise de tous, ce nombre est monté à 10 000 exemplaires, puis l'année suivante, à 100 000 exemplaires.

La population avait commencé à lire et/ou à en parler, et comme elle aimait le livre, elle l'a acheté. La troisième année, ils ont atteint 1 million d'exemplaires. "Nous sommes maintenant à plus de 10 millions d'exemplaires en Russie." Depuis il a établi un blogue, Pirate Coelho pour faciliter la transmission de copies électroniques de ses livres, dixit Giussani.

Goûter avant d'acheter
"Vous donnez au lecteur la possibilité de lire vos livres et le choix de les acheter ou non." Et d'ajouter Giussani que dans les librairies américaines, il n'est pas rare de feuilleter un livre et de siroter un café avant de faire le choix des livres à rapporter à la maison. Donc ce butinage n'est pas exclusif au web.

Paulo affirme que la distribution électronique alimente la vente en magasin pour ses livres "parce qu'ils [les lecteurs] ont la possibilité de juger ".

Il n'est pas le seul à penser comme ça.

Des actes contre nature (pour les éditeurs)
"Down and Out in the Magic Kingdom", publié en janvier 2003 par Cory Doctorow, a été proposé en même temps gratuitement sur l'Internet.

"I've been giving away my books ever since my first novel came out, and boy has it ever made me a bunch of money." dit-il dans l'article Giving it away (Forbes, 2006, anglais, 1457 mots)

Le même jour, il y a eu 30 000 téléchargements (sans compter les copies de copies que les utilisateurs ont distribuées). Aujourd'hui, au-delà de 700 000 exemplaires ont été téléchargés à partir du site de l'auteur.

"La plupart des gens qui téléchargent le livre ne finissent pas par l'acheter, mais ils ne l'auraient pas acheté de toute façon, je n'ai donc pas perdu aucune vente, je viens de gagner un public" dit-il.

Encore, encore
Seth Godin sort en 2001 son livre "Unleash the IdeaVirus" (qui se résume ainsi: les idées sont des virus et se propagent comme la grippe.) Et comme les idées gratuites se propagent plus vite, il le met en vente tout en le donnant gratuitement sur son site. Résultats? Premier jour: 3000 téléchargements. Puis après: 1 million. Au bas mot 2 millions de copies circulent. et ça lui a rien coûté pour atteindre cette audience. Hum.

Et toujours
Joël De Rosnay et Carlo Revelli ont publié "La révolte du pronétariat, des mass media aux médias des masses " en 2006. Puis après 6 mois, hop, en ligne. Nous préconisons "la mise à disposition gratuite au plus grand nombre d'un ouvrage de référence sur la révolution du Web". Texto.

Et un dernier pour la route
Loïc Lemeur annonce en 2005 qu'il dépose sur son blogue très influent les chapitres de son "Blogs pour les pros". Ces billets deviennent les chapitres de son livre, incluant les commentaires et les corrections des lecteurs.

Reprenons nos sens
Ces cas, on s'en doute, seraient moins probants pour des auteurs ne possédant pas déjà un lectorat mondial bien établi. On est devant l'oeuf et la poule.

Le livre fait parti de ces biens qui ont la particularité de ne pas pouvoir se "consulter" sans affecter sa valeur (contrairement à un marteau dont l'utilité ne disparaît pas avec son utilisation): lire un livre est l'acte de consommation et normalement le livre ne se consomme qu'une seule fois. Il n'y a donc pas moyen de le consulter sans affecter sa valeur. D'où l'apparente contradiction dans ces histoires de "livres gratuits".

Simplicité d'accès
Je crois quant à moi que la logique en place en est une de distribution: quand un livre possède une distribution très fluide, une recherche sur le réseau n'offre pas la même satisfaction ni la même facilité d'accès. Contrairement à ce que l'on pense, trouver quelque chose de précis sur Internet reste une activité ardue (C'est par contre un excellent outil de recherche par sérendipité.)

Dans ce cas, ce sont ceux qui sont archiconnus qui peuvent peut-être en bénéficier -- les moins connus courent au moins la chance de se créer un auditoire.

Quand on veut lire [un livre], on va encore à la librairie ou à la bibliothèque, on ne fait pas des recherches effrénées sur Google. Et de tout façon tant que la lecture [d'un livre] sera plus pénible à l'écran que sur du papier, ce ne sera pas demain la veille.

Où allons-nous?
Une piste: l'accès et la qualité de l'écran s'améliorent. Alors en ont-ils encore pour longtemps? Même RadioHead a mis fin à leur expérience de téléchargement gratuit. Serait-ce la fin de la récré?

Une autre piste (contraire): Le New York Times annonce aujourd'hui que l'américain HarperCollins donne un accès complet et gratuit en ligne à certains de ses livres dans le but d’augmenter les ventes (via TeXtes). Serait-ce la voie à suivre?

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Piste de lecture
-Jean-Michel Salaün : Le web média, Synthèse (Nov. 2006, français, 1185 mots) où il décrit l'économie qui se met en place sur le web pour tout ce qui est contenu numérisé.
-Frédéric Kaplan : Futur 2.0 : Si les livres pouvaient parler (Avr. 2007, français, 1733 mots) où il narre sa vision du livre d'hier à demain.
-teXtes : Donner c'est donner (12 fév. 2008, français, 466 mots) Retrouvez d'autres cas de livres gratuits pour faire vendre.
-Issuu: widget permettant de visionner sur le mode du "feuilletage de page", sur le web, un pdf comme si c'était un livre. Comptes rendus de Hubert Guillaud et Olivier Ertzscheid.